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Portrait de Magali SEYVET, Réalisatrice et fondatrice de ALL HEROES - Promo 97

04 août 2022 Témoignages ingénieurs
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#1 Tu es entrée à PURPAN en promo 97, quel est ton meilleur souvenir ? Parle-nous de ton parcours de ton arrivée à l’école à aujourd’hui ! 

Je pense que je n'ai pas un meilleur souvenir en particulier, mais plutôt des périodes. Ce que j'ai le plus apprécié à Purpan, c'est le contact avec le monde réel. De partir tous les étés en stage ou en Erasmus. Ces expériences m'ont vraiment permis d'apprendre à mieux me connaître, en rencontrant des personnes aux parcours de vie très diversifiés : des jeunes de 30 ans rencontrés en auberge de jeunesse qui ne rentrent pas dans les cases "classiques", des copains et copines d'Erasmus avec une sensibilité écologique incroyable, un professeur d'histoire Espagnol passionné, une coloc lors d'un stage à Grenoble (d'où s'en est suivi la création d'un festival de musique qui existe toujours aujourd'hui, et des liens amicaux très forts)... Bref, Purpan amène les étudiants à se confronter davantage à la vie, et c'est pour moi la plus grande qualité de cette école.

#2 Tu as lancé ALL HEROES en 2018, un studio de création d’aventures audiovisuelles engagé. Comment est venue cette idée ? 

Déjà, pour résumer, car mon terme de "studio de création d'aventures audiovisuelles engagé" risque de perdre la moitié des lecteur-ices ici : concrètement, je réalise des vidéos de communication. Cette activité de réalisatrice indépendante est d'abord née d'une passion. A l'époque, je filmais des courts-métrages avec le collectif Instincts Créatifs à Toulouse. La richesse du langage cinématographique, la magie de cet art me passionnaient. Je ne pensais pas un jour en faire mon métier, jusqu'au jour où un ami du collectif me propose de l'accompagner sur une prestation (payée !) comme deuxième cadreuse (=caméraman). Là, je prends conscience que ma passion peut être rémunératrice, et à quelques mois de la remise de diplôme, je sais que je ne ferai pas ingénieure.


Le côté engagé, c'est pour moi une obligation morale dans un contexte planétaire où la vie disparaît de manière catastrophique, et aussi une réelle envie de rendre les relations humaines un peu plus belles, par exemple en luttant contre les discriminations, en filmant des rôles modèles, en libérant la parole, etc.

#3 ALL HEROES, c’est l’antithèse du film pédagogique, ou du film lisse. Mais en quoi ALL HEROES est différent et quels sont tes objectifs de développement ? 

La phrase que j'utilise le plus pour faire comprendre la vision de mon métier est celle-ci : j'aide les gens à balancer leurs tripes sur un écran. All heroes, c'est amener de la profondeur à la vidéo de communication, de la poésie, de l'humanité. C'est laisser de côté les pubs de yaourt surfaites, et s'autoriser à rêver un nouveau récit collectif où on redonne de l'importance aux petits détails qui font que nous nous sentons pleinement vivants : un sourire, une accolade, des rires, une promenade en forêt... Je raconte des histoires du réel avec un style toujours plus cinématographique pour faire grandir les projets qui nous font grandir, et laisser de beaux souvenirs. Mes objectifs sont de faire des films de plus en plus ambitieux, notamment en équipe. Vous voyez les films Redbull ? Ou les docu Netflix ? Je parle de ce genre de niveau de prod, pour des projets/organisations qui m'inspirent vraiment. 

#4 Parle-nous de ta spécialité et celle qui aujourd’hui te différencie des autres réalisateurs : être une créatrice de documentaire de marque à impact. 

Je veux permettre aux projets engagés de s'approprier la puissance du langage cinématographique. Le film est un format merveilleux pour transmettre un message, bousculer les codes, embarquer, faire pleurer, rire, évoluer. J'essaie toujours plus de faire des films "that move people". Et là je fais un lien direct avec mes études d'ingé agro en spé développement durable : beaucoup de scientifiques parlent de l'importance du récit, du symbole, des imaginaires pour espérer atténuer la catastrophe climatique en cours par exemple. Nous devons repenser nos modes de vie. Et avec le film j'ai l'impression de toucher ça. On a un problème, et notre taf c'est de le résoudre, c'est ce qu'on apprend à Purpan non ? Moi j'ai décidé de le faire avec ma caméra. 
 
Je pourrai le faire au cinéma, en pub, en docu de création (qui passe sur Arte par ex), mais ce que je trouve cool avec les films de com', c'est qu'à la fois on bouscule les codes, et à la fois on aide des projets à se développer. Il y a quelque chose de très concret. 
 
Depuis que j'ai ce parti pris, j'attire davantage des clients alignés avec ça comme l'association MakeSense (qui a notamment incubé des marques comme Hopaal et Too Good Too Go), pour qui j'ai réalisé une websérie documentaire sur le pouvoir du collectif (Points Communs) ; l'agence de communication Wild&Slow avec un film sur des réflexions sur la place de la com' face aux enjeux du XXIe siècle (Less Fast Less Furious) ; les entrepreneur-es engagé-es Marie Laanatza et Thomas Burbidge avec un film qui interroge la place du travail dans nos vie (10 000 jours). Je souhaite toujours plus communiquer sur des projets qui nécessitent moins de ressources (occasion, location...), des entreprises réellement engagées dans une démarche plus responsable qui répondent à des besoins primaires (se loger, se nourrir...), des projets disruptifs qui amènent des réflexions, qui font rêver les gens autrement (un voyage en train plutôt qu'en avion par exemple). 
 
Tout ça, ce sont surtout de merveilleuses rencontres.

#5 Tu t’es lancé dans l’aventure vidéaste indépendante à peine sorti de l’école de PURPAN. Quels conseils donnerais-tu à un étudiant ou un jeune diplômé qui veut se lancer dans un projet similaire ? 

Je tiens ici à m'adresser aux jeunes gens qui sont conscients que le temps passe, qu'il est urgent de vivre et de conserver cette vie pour les générations futures. Suivez votre cœur. Je ne regrette pas d'avoir fait ces études, mais je ne regrette pas non plus d'avoir écouté les gens qui me soutenaient et de laisser parler les autres. 
 
Passer à côté d'une carrière d'ingénieure peut être encore mal vue, que ce soit par ses proches, certains profs, la société en général. Se lancer à son compte dans un métier créatif n'est pas de tout repos non plus. Ce sont des périodes de doute, parfois de stress financier, d'instabilité. Mais ce sont aussi des belles rencontres, de l'aventure, une certaine liberté... Cela ne correspond pas à tout le monde. Il faut que vous trouviez votre truc à vous. Que vous soyez passionné-e d'agronomie, d'économie, de politique, d'art, de socio, peu importe. Nous avons la chance de faire des études plutôt généralistes, d'apprendre à nous adapter, alors tirez-en parti à fond ! Et je tiens à nuancer mon propos en pensant par exemple aux personnes qui doivent rembourser un prêt étudiant. L'idée n'est pas de se mettre dans des situations totalement farfelues, mais d'essayer d'être aligné-e avec soi-même, dans la mesure du possible, que ce soit en salariat ou en tant qu'entrepreneur-e.
 
Pour finir, je citerai une personne interviewée dans mon dernier docu : "Vous êtes (peut-être) des personnes qui sortez des sentiers battus, prenez des chemins un peu cahoteux parfois, et c'est pas facile car il y a l'extérieur qui nous dit "elle est là, la grande route, qu'est-ce que tu fais dans la savane ? C'est par là !' Je trouve ça hyper courageux de votre part, et en même temps, j'ai l'impression que vous comme moi, on ne pourrait pas faire autrement." (Marie Laanatza, 10 000 jours).
 
PS : les gens peuvent me contacter sur Linkedin

Film : Less Fast Less Furious

Film : 10 000 jours

Crédits photo couverture : Eva Martinez




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